
Les corticoïdes modifient en profondeur le métabolisme du sodium, du calcium, du potassium et des sucres. Adapter son alimentation sous cortisone ne relève pas d’un simple régime amaigrissant, mais d’un rééquilibrage ciblé pour limiter la rétention d’eau, la perte osseuse et la prise de poids liées au traitement. La durée de la corticothérapie et la posologie conditionnent l’ampleur des ajustements nécessaires.
Pamplemousse et corticoïdes : une interaction souvent ignorée
Les articles sur l’alimentation sous cortisone abordent presque toujours le sel et le sucre. Un aliment passe pourtant sous les radars : le pamplemousse. Ce fruit interfère avec le cytochrome CYP3A4, une enzyme hépatique qui métabolise plusieurs corticoïdes oraux.
Lorsque le CYP3A4 est inhibé par les furanocoumarines du pamplemousse, la concentration du médicament dans le sang peut augmenter de façon significative. Le risque n’est pas théorique : il concerne aussi le jus de pamplemousse et, dans une moindre mesure, le pomelo. L’ampleur clinique varie selon la molécule prescrite, mais par précaution, mieux vaut en parler à son médecin ou à son pharmacien avant d’en consommer régulièrement pendant un traitement.
Ce type d’interaction alimentaire est bien documenté pour d’autres classes de médicaments (statines, immunosuppresseurs). Sous corticothérapie, on retrouve des informations utiles sur Conseils Cuisine qui complètent ce point en détaillant les aliments à privilégier au quotidien.
Réduction du sodium : au-delà du sel de table
Les corticoïdes favorisent la rétention d’eau et de sodium, ce qui peut provoquer un gonflement du visage, des oedèmes aux membres inférieurs et une hausse de la pression artérielle. Limiter le sel est le premier réflexe recommandé, mais la difficulté réside dans le sodium caché.

Le sel de table ne représente qu’une fraction de l’apport quotidien en sodium. La majorité provient des produits transformés. Voici les principales sources à surveiller :
- Les plats préparés industriels, soupes en briques et conserves, qui contiennent souvent plusieurs grammes de sel par portion.
- Le pain classique, les biscottes et les céréales du petit-déjeuner, rarement perçus comme salés mais qui cumulent du sodium sur la journée.
- Les charcuteries, les fromages à pâte dure et les poissons fumés, qui concentrent le sel par leur procédé de fabrication.
Remplacer le sel par des épices, des herbes fraîches ou du jus de citron permet de maintenir la saveur sans aggraver la rétention. Les « faux sels » à base de chlorure de potassium existent, mais leur usage doit être validé par un médecin : sous corticoïdes, les pertes urinaires de potassium sont déjà accrues, et un apport mal dosé peut créer un déséquilibre électrolytique.
Calcium et vitamine D sous cortisone : une supplémentation à personnaliser
La perte osseuse est un enjeu central de la corticothérapie prolongée. Les corticoïdes augmentent l’élimination urinaire du calcium et réduisent son absorption intestinale, ce qui accélère le risque d’ostéoporose.
La réponse alimentaire repose sur les produits laitiers, les légumes verts à feuilles et les eaux minérales riches en calcium. Trois portions de produits laitiers par jour couvrent une part significative des besoins, à condition de varier entre yaourt, fromage blanc et lait.
La vitamine D, nécessaire à la fixation du calcium, pose un problème différent. Son statut varie fortement d’une personne à l’autre selon l’exposition solaire, l’âge et la fonction rénale. La supplémentation en vitamine D doit être adaptée au bilan biologique individuel, et non prescrite de manière automatique.
Un surdosage expose à un risque d’hypercalcémie, notamment chez les patients ayant des antécédents de calculs rénaux. Un dosage sanguin de la 25-OH-vitamine D permet d’ajuster la prescription.

Protéines et sucres : protéger les muscles, limiter la glycémie
Les corticoïdes provoquent une fonte musculaire en accélérant la dégradation des protéines. Parallèlement, ils augmentent la glycémie en stimulant la production hépatique de glucose, ce qui peut conduire à un diabète cortico-induit chez certains patients.
Côté protéines, maintenir un apport suffisant à chaque repas est une priorité. Viande, poisson, oeufs, légumineuses : l’objectif est de fournir au corps les acides aminés nécessaires pour freiner la perte de masse musculaire. Répartir les protéines sur le déjeuner et le dîner donne de meilleurs résultats que de concentrer l’apport sur un seul repas.
Côté sucres, le piège ne vient pas seulement des desserts. Les féculents raffinés (pain blanc, riz blanc, pâtes classiques) provoquent des pics glycémiques que les corticoïdes amplifient. Privilégier les céréales complètes et les légumineuses permet de ralentir l’absorption du glucose. Les fruits restent recommandés pour leur apport en potassium et en fibres, à condition de les consommer entiers plutôt qu’en jus.
Activité physique et prévention globale sous corticothérapie
L’alimentation seule ne suffit pas à compenser les effets métaboliques des corticoïdes. Les recommandations récentes de gestion du risque osseux sous glucocorticoïdes intègrent explicitement l’activité physique, la prévention des chutes, l’arrêt du tabac et la limitation de l’alcool dans une approche globale.
L’exercice en charge (marche, montée d’escaliers, renforcement musculaire léger) stimule la formation osseuse et lutte contre la fonte musculaire. Il contribue aussi à réguler la glycémie, un bénéfice direct pour les patients dont le taux de sucre sanguin augmente sous traitement.
Un suivi régulier avec le médecin prescripteur reste la base de toute adaptation alimentaire sous cortisone. La posologie, la durée du traitement et les pathologies associées modifient considérablement les priorités nutritionnelles. Ce qui vaut pour une corticothérapie courte à forte dose ne s’applique pas à un traitement faible dose sur plusieurs années.